Certaines écritures antiques donnent encore du fil à retordre aux archéologues, et c'est notamment le cas de l'élamite linéaire, utilisée dans le sud de l'Iran entre 2 300 et 1 880 av. J.-C. En étudiant des vases en argent portant des inscriptions, des experts sont toutefois récemment parvenus à en décrypter certains symboles.
Un mystère sur le point d'être résolu. Un archéologue français prénommé François Desset, et une équipe internationale de chercheurs se sont récemment intéressés à l'écriture linéaire élamite. Utilisée il y a environ 4 000 ans par la civilisation élamite de l'Iran antique, elle était jusqu'alors restée indéchiffrée. Si elle a été considérée pendant des décennies comme l'un des systèmes d'écriture les plus difficiles du Proche-Orient ancien, c'est parce que trop peu de textes ont été conservés et que beaucoup étaient très courts.
Mais la situation a changé lorsque l'expert a obtenu l'accès aux inscriptions figurant sur des vases en argent conservés dans la collection Mahboubian, à Londres. Ces textes, ajoutés au corpus déjà connu, ont en effet fourni aux chercheurs suffisamment de signes et de noms récurrents pour tester différentes interprétations. Suite à cela, ils ont pu déchiffrer certains signes, notamment grâce aux répétitions de noms royaux présents sur les fameux vases. Des travaux qui démontrent que l'écriture élamite linéaire est désormais lisible dans une large mesure, même si la traduction de chaque texte demeure complexe.
L'écriture élamite linéaire: de quoi s'agit-il ?
Comme l'explique Arkeonews, l'écriture élamite linéaire était utilisée dans le sud de l'Iran à la fin du IIIe millénaire et au début du IIe millénaire avant J.-C., soit approximativement entre 2300 et 1880 av. J.-C. Ses signes, de nature géométrique, prennent la forme de losanges, de lignes, de courbes et d'autres formes compactes. Elle appartenait au monde d'Élam, une civilisation centrée sur l'actuel sud-ouest de l'Iran, notamment autour de Suse et d'Anshan, dont les souverains étaient profondément impliqués dans les réseaux politiques, religieux et commerciaux du Proche-Orient ancien.
Des milliers de textes élamites postérieurs furent rédigés en cunéiforme, notamment les tablettes des fortifications de Persépolis, mais l'élamite linéaire appartient, en revanche, à une phase beaucoup plus ancienne et plus difficile à cerner. Les progrès récemment réalisés par les experts pour la déchiffrer proviennent d'inscriptions sur des gobelets et des vases en argent, dont beaucoup étaient associées à des noms royaux et à des formules religieuses. Ces objets se sont révélés essentiels, car ils mettent en évidence la répétition de mots et de noms dans des textes similaires.
Dans les systèmes d'écriture anciens, cette répétition constitue souvent la première brèche permettant de les comprendre. En effet, les inscriptions royales ont tendance à répéter les titres, les noms divins, les verbes de dédicace et des formules récurrentes. Et une fois le nom du souverain identifié, les signes environnants peuvent alors commencer à livrer leur sens. L'archéologue français a expliqué que cette découverte lui avait permis de travailler sur 45 inscriptions en linéaire élamite. Un nombre encore limité, mais qui laisse toutefois entrevoir de réelles perspectives.
Une avancée qui éclaire l'histoire ancienne de l'Iran
Lorsque l'élamite linéaire sera entièrement déchiffré, cela permettra d'en apprendre davantage sur l'histoire ancienne de l'Iran, notamment sur l'idéologie royale, les formules religieuses et la géographie politique d'une période encore mal documentée. Cependant, cette écriture, dans ses formes les plus anciennes, reste encore partiellement incomprise.
Selon les chercheurs, ce qui a changé, c'est le niveau d'accès. Ils estiment qu'un script qui paraissait autrefois presque silencieux peut désormais être étudié signe par signe, nom par nom et texte par texte. Un progrès suffisant, selon eux, pour rendre cette découverte significative dans l'histoire de l'écriture.