Il y a 1 000 ans, les Mayas testaient déjà une forme de démocratie. Des archéologues ont mis au jour au Guatemala un grand bâtiment ouvert, donnant sur une place, qui suggère que les décisions politiques étaient prises en public et que la population était plus engagée qu'on ne le croit.
ans les forêts du Guatemala, sur le site maya d'Ucanal, une autre histoire du pouvoir se dessine. Contrairement à l'image classique des rois tout-puissants auxquels le peuple voue un culte, cette dernière découverte suggère que la population avait déjà, elle aussi, un rôle influent en politique, il y a plus de 1 000 ans. L'étude, publiée jeudi 9 avril par Cambridge University Press, estime que ce grand édifice, une salle ouverte à colonnes construite en haut d'un grand escalier, servait probablement de lieu de réunion politique.
Cette forme d'architecture reflète une gouvernance plus collective et, d'une certaine manière, plus transparente. "Les bâtiments ne se contentent pas de servir d'idéaux symboliques et de sièges physiques aux institutions gouvernementales ; ils participent également à la manière dont les rapports de pouvoir sont mis en œuvre et vécus, et ce, bien au-delà des seuls détenteurs de titres politiques", rappellent les trois auteures du rapport, Christina T. Halperin, Carmen Ramos Hernandez et Laurianne Gauthier.
Contrebalancer le pouvoir suprême
Pendant des siècles, au cœur de la civilisation maya, le pouvoir reposait sur une figure centrale, celle du roi, à puissance équivalente avec les divinités. Entre environ 300 et 810 après Jésus-Christ, ces souverains régnaient depuis de vastes palais fermés, où les décisions se prenaient à l'écart du peuple. Tout était alors pensé pour affirmer leur autorité. Plus tard, entre 1 200 et 1 500, l'organisation a changé et les sociétés se sont mises à fonctionner davantage par consensus, sur le mode d'un pouvoir partagé.
C'est justement cette période de transition, autour des années 800 à 1 000, qui intrigue les chercheurs. "La période classique terminale est connue pour être une période d'une grande instabilité politique et de crises, marquée par une forte diminution de la population sur de nombreux sites des basses terres mayas du Sud", explique Christina Halperin, de l'Université de Montréal. Ce sont ces difficultés qui ont poussé les Mayas à repenser leur manière de gouverner. Mais, comment continuer à diriger lorsque le seul modèle connu, appliqué depuis des siècles, ne fonctionne plus ?
Une participation citoyenne
Le bâtiment découvert à Ucanal, et donnant sur une grande place publique, apporte un début de réponse. Là, les élites (rois, nobles, chefs de lignées...) se réunissaient pour discuter de décisions importantes : conflits, alliances, justice ou cérémonies. Cette fois-ci sous les yeux de la population. "Les activités à l'intérieur pouvaient être vues par n'importe qui sur la place", souligne le trio de chercheuses. Même si ces réunions étaient peut-être mises en scène, ou en tout cas avaient un certain caractère théâtral, elles ouvraient la porte à une forme de participation.
Peu à peu, l'équilibre est bouleversé. Les habitants ne sont plus seulement des spectateurs passifs, mais peuvent donner leur opinion, et surtout doivent être convaincus par les politiciens. D'ailleurs, la construction de cet édifice coïncide avec l'arrivée à Ucanal d'un nouveau dirigeant, Papmalil, qui a multiplié les projets d'intérêt public, comme des infrastructures hydrauliques. "Les sociétés mayas ne se sont pas effondrées, elles ont réinventé leurs institutions", conclut Christina Halperin.