
Découvert en avril 2023 lors des fouilles préparatoires à la construction de la centrale nucléaire de Sizewell C (Suffolk), ce trésor exceptionnel renferme 321 pièces d'argent du XIe siècle dans un état de conservation remarquable. Protégées par des feuilles de plomb et du tissu, ces monnaies frappées entre 1036 et 1044 proviennent d'une trentaine d'ateliers anglais et nous en apprennent davantage sur les pratiques économiques médiévales © Oxford Cotswold Archaeologu
Un trésor de 321 pièces d'argent du XIe siècle, mis au jour en 2023 lors de fouilles à Sizewell C, dans le Suffolk, vient de faire l'objet d'une donation au service archéologique du conseil du comté de Suffolk, le rendant accessible aux chercheurs et au public. Il révèle la diversité des ateliers monétaires anglais et éclaire sur les pratiques économiques et sociales médiévale.
À l’occasion des travaux préparatoires à la construction de la centrale nucléaire de Sizewell C, dans le Suffolk, une équipe d’archéologues de l’Oxford Cotswold Archaeology (OCA) a mis au jour en avril 2023 un trésor exceptionnel d’une rare intégrité. Protégé par des feuilles de plomb et du tissu, ce dépôt renfermait 321 pièces d’argent du XIe siècle, dans un état de conservation remarquable. Cette découverte a été confiée en octobre dernier au service archéologique du conseil du comté de Suffolk, où elle demeurera accessible à la recherche et à la valorisation patrimoniale locale.
Un trésor monétaire du XIe siècle
Décrite comme une véritable « capsule temporelle archéologique » par Andrew Pegg, chercheur à l’Oxford Cotswold Archaeology, la découverte a révélé un excellent état de conservation. Cette préservation du dépôt a permis une identification détaillée des 321 pièces d’argent retrouvées, toutes des pennies frappés entre 1036 et 1044. L’analyse des motifs et inscriptions a révélé que la majorité des pièces date du règne de Harold Ier, dit « Pid-de-Lièvre » (1036-1040), tandis qu’une part significative provient d’Harthacnut (1040-1042) et que 24 pièces seulement ont été frappées sous Édouard le Confesseur (1042-1066). L’étude des exemplaires les plus récents a permis de fixer avec précision la période d’enfouissement du trésor.
“Il est important pour nous que le projet Sizewell C respecte l'histoire qui se cache sous le site. Il est tout aussi important que nous trouvions un moyen de conserver les trésors et les découvertes dans leur foyer du Suffolk afin que le public puisse les admirer” Damian Leydon, directeur de la livraison du site à Sizewell C
Quatre types de pièces révélés sur le site de Sizewell C
Au XIe siècle, la production monétaire anglaise était caractérisée par une grande diversité. Les pièces n’étaient pas uniformes tout au long d’un règne, mais renouvelées régulièrement, chaque nouveau type remplaçant le précédent. Le trésor de Sizewell C en témoigne avec quatre émissions distinctes : les « Croix de Joyaux » et « Fleur de Lys » pour Harold Ier, les « Arme et Sceptre » sous Harthacnut, et enfin le type « PACX » initié sous Édouard le Confesseur.
Les archéologues ont relevés sur le trésor de Sizewell quatre émissions distinctes : les « Croix de Joyaux » et « Fleur de Lys » pour Harold Ier, les « Arme et Sceptre » sous Harthacnut, et enfin le type « PACX » initié sous Édouard le Confesseur © Oxford Cotswold Archaeology
Cette succession de modèles, comme le soulignent les chercheurs, répondait à plusieurs objectifs : lutter contre la contrefaçon par le changement fréquent des motifs, garantir une circulation constante de nouvelles monnaies, mais aussi servir de levier fiscal. En effet, lors de chaque réémission, les sujets devaient échanger leurs anciennes pièces contre les nouvelles, une opération souvent assortie d’une taxe, ce qui renforçait le contrôle royal sur l’économie, même si ce principe demeurait parfois plus théorique que pratique.
Les ateliers monétaires et monnayeurs: une cartographie de l’Angleterre médiévale
Au revers de chaque pièce retrouvée dans le trésor de Sizewell C figurent le nom du monnayeur responsable et celui de l’atelier de production. Ce système d’identification garantissait de retracer précisément l’origine de chaque émission. Le terme « monnayeur » désigne ici non pas l’ouvrier qui frappe la pièce, mais l’individu supervisant l’organisation de l’atelier : gestion des matières premières, installation des ateliers et recrutement du personnel, entre autres.
Près de 40 % de ces monnaies proviennent de Londres, mais d’autres centres de production ont été identifiés, notamment à Thetford et à Norwich, dans l’East Anglia, à Bedford, à Cambridge, ainsi qu’à Lincoln et à Stamford, plus au nord. © Oxford Cotswold Archaeology
Ces responsables opéraient dans de nombreux centres répartis à travers le royaume. L’analyse des pièces révèle la présence d’une trentaine d’ateliers différents, dont près de 40 % des monnaies proviennent de Londres. D’autres centres majeurs sont représentés, notamment Thetford et Norwich en East Anglia, Bedford, Cambridge, ainsi que Lincoln et Stamford plus au nord. Quelques exemplaires rares témoignent également d’ateliers du sud-ouest, tels qu’Axbridge et Langport.
Un dépôt révélateur des politiques du XIe siècle
La valeur totale des 321 pièces retrouvées à Sizewell C représentait une somme importante pour un individu du XIe siècle, sans toutefois refléter une richesse exceptionnelle. Selon les chercheurs, il s’agirait plutôt des « économies d’une personne aisée », probablement un notable local tel qu’un riche exploitant agricole, plutôt qu’un membre de l’élite nationale.
Les 321 pièces d’argent constituent les économies d’un riche exploitant agricole, dissimulées durant les tensions politiques de 1042 qui poussèrent de nombreux Anglais à cacher leurs biens face aux confiscations © Oxford Cotswold Archaeology
Quant aux raisons de l’enfouissement, les archéologues avancent plusieurs hypothèses, la plus convaincante étant liée aux troubles relatifs à l’accession d’Édouard le Confesseur au trône en 1042. Ce retour de la maison de Wessex, après le règne des souverains danois Knut, Harold Ier et Harthacnut, s’est accompagné de tensions et de confiscations, notamment à l’encontre des puissants. Face à ces incertitudes, même les couches sociales plus modestes auraient pu craindre pour leurs biens. La découverte d’autres trésors monétaires enfouis entre 1041 et 1044 à travers le royaume vient renforcer l’idée d’une période de méfiance généralisée, poussant de nombreux Anglais à dissimuler leurs économies.