À Jérusalem, des archéologues israéliens ont découvert un pendentif en plomb d'une extrême rareté vieux de 1300 ans, orné d'une menorah. Daté entre le VIe et VIIe siècles, cette objet unique témoigne de la présence juive la région durant la période byzantine, une époque où l'accès à la ville leur était interdit. Il s'agit seulement du deuxième pendentif de ce type jamais retrouvé.
Les archéologues de l'Autorité des antiquités d'Israël viennent de mettre au jour un artefact rare dans la zone du parc archéologique de Davidson, au sud-ouest du mont du Temple et au nord de la Cité de David. Ce pendentif unique en plomb, gravé sur ses deux faces d'un symbole de la menorah, serait un témoignage inestimable de l'occupation de la ville de Jérusalem par les communautés juives à une époque où leur présence y était interdite © Photo : Eliyahu Yanai, Cité de David.
Lors d’une vaste campagne de fouilles archéologiques menée au sud-ouest du mont du Temple, à la lisière nord de l’antique Cité de David, les archéologues de l’Autorité des antiquités d’Israël (AAI) ont mis au jour un pendentif en plomb orné d’une menorah, vieux d’environ 1300 ans. Conduit en collaboration avec la Fondation de la Cité de David et la Société pour la restauration et le développement du quartier juif, le chantier s’est concentré sur le parc archéologique Davidson, à Jérusalem. D’une extrême rareté, l’objet constitue un témoignage historique de la présence juive à l’époque byzantine et représente seulement le deuxième pendentif de ce type connu à ce jour.
Une découverte inestimable dans la Cité de David
“Alors que je creusais à l’intérieur d’une ancienne structure, j’ai soudainement aperçu quelque chose de différent », raconte l’un des ouvriers travaillant sur le site de la Cité de David, avant de présenter l’objet à Esther Rakow-Mellet, directrice de la zone, qui reconnaît immédiatement le caractère exceptionnel de la trouvaille. L’objet était enfoui sous des gravats, à l’intérieur d’un bâtiment daté de la fin de la période byzantine, lui-même recouvert (comme d’autres structures voisines) par une épaisse couche de remblai qui atteignait près de 8 mètres d’épaisseur. Daté du VIe au début du VIIe siècle après J.-C., il aurait appartenu à un individu juif arrivé à Jérusalem durant la période byzantine, une époque troublée où l’accès à la ville était interdit aux communautés juives.
Vue de la zone enfouie des fouilles dans le parc archéologique Davidson, au nord de la Cité de David, où le pendentif rare a été découvert © Photo : Emil Aladjem, Autorité des antiquités d’Israël
Un pendentif d’une extrême rareté à deux exemplaires attestés
Le pendentif se présente sous la forme d’un disque doté d’un anneau de suspension qui indique qu’il devait à l’origine être porté en collier ou éventuellement cousu. Sur son avers et son revers, il est orné de l’un des symboles les plus anciens et les plus sacrés du judaïsme : une menorah, un chandelier à sept branches en flammes, surmontées d’une barre transversale. Si l’une des faces est parvenue jusqu’à nous dans un état de conservation satisfaisant, l’autre a été largement recouverte d’une patine épaisse, conséquence des altérations subies au fil des siècles.
Processus de traitement de conservation visant à éliminer la couche d’altération naturelle qui s’était accumulée sur l’ancien pendentif aux symboles de menorah © Photo : Emil Aladjem, Autorité des antiquités d’Israël
Les analyses XRF réalisées dans les laboratoires de l’AAI ont permis d’établir que le pendentif est composé à 99% de plomb. Selon les chercheurs, « un pendentif en plomb pur, décoré d’une menorah, est une découverte exceptionnellement rare ». Si des objets comparables ont été recensés, notamment en verre ou dans d’autres matériaux, un seul exemplaire proche est connu à ce jour. D’origine inconnue, il est actuellement conservé au Walters Art Museum de Baltimore. Un symbole de foi et de mémoire collective
“Au cours de la période byzantine, la menorah est devenue un symbole de la mémoire nationale et exprimait l’espoir d’un renouveau national parmi les communautés juives en Terre d’Israël », confie le Dr Yuval Baruch, responsable des fouilles pour l’Autorité depuis près de 25 ans. Il souligne que, loin d’être anodine, cette découverte est une preuve précieuse dans la compréhension de l’histoire juive. Le pendentif ne relevait sans doute pas d’un simple objet ornemental, mais plutôt d’un artefact intime, pensé comme un « emblème de mémoire et d’identité ». Le choix du plomb, matériau rare en joaillerie mais fréquent dans la fabrication d’amulettes, renforce cette interprétation.
Porté par un Juif anonyme, ce pendentif serait le symbole d’une foi profonde, mais également un marqueur d’identité et un symbole de la mémoire de la communauté juive dans le contexte de leur bannissement de Jérusalem © Photo : Eliyahu Yanai, Cité de David.
L’objet aurait ainsi appartenu à un Juif anonyme, comme un témoignage de sa foi profonde et de son attachement à la ville sainte de Jérusalem. La trouvaille porte également un nouvel éclairage sur la présence juive à Jérusalem à une époque où les édits impériaux en limitaient, voire en interdisaient l’accès. Elle ne permet toutefois pas de déterminer si son propriétaire vivait à l’intérieur des murs de la ville. S’agit-il d’un objet perdu, d’un bien marchand, ou de la trace d’un pèlerin entré clandestinement ? Autant de questions qui confèrent au pendentif une part de mystère encore intacte. Le rabbin Amichai Eliyahu, ministre israélien du Patrimoine, s’est exprimé sur cette découverte exceptionnelle qui « s’ajoute à une série de témoignages qui continuent d’être découverts à Jérusalem et qui racontent l’histoire de la continuité et de la dévotion du peuple juif dans la ville ». L’objet est publiquement présenté à l’occasion de Hanouka, du 14 au 22 décembre, au Campus national Jay et Jeanie Schottenstein.