Dans le nord d'Israël, des tunnels jusqu'alors cachés démontrent que les Mamelouks sont parvenus à transformer de l'eau saumâtre en énergie pour faire tourner leurs moulins à sucre.
Sous les eaux du parc national de Gan Hashlosha, dans le nord d'Israël, des archéologues ont mis au jour un remarquable réseau de tunnels médiévaux qui alimentait autrefois des moulins à sucre à l'époque des Mamelouks, d'anciens esclaves ayant fondé un sultanat et dominé l'Égypte et le Levant du XIIIe au XVIe siècle. En tout, cinq ouvertures de tunnels ont été découvertes par le professeur Amos Frumkin, de l'Université hébraïque de Jérusalem, et trois autres de ses collègues lors de travaux de modernisation de l'infrastructure, annonce Archeology Mag, lundi 28 octobre.
Creusés dans le tuf, le long de la rivière Nahal 'Amal, ces tunnels montrent comment les ingénieurs mamelouks ont transformé l'eau saumâtre en énergie mécanique, faisant d'une ressource limitée le moteur d'une industrie en plein essor. Les alignements précis des différents souterrains et la régularité de leurs dimensions laissent penser qu'il s'agit d'un système hydraulique construit par l'homme, plutôt qu'une formation naturelle, estiment les archéologues.
Un système ingénieux
Contrairement aux aqueducs à ciel ouvert, typiques des époques romaine et byzantine, ces canaux ont été creusés sous terre vraisemblablement "pour s'adapter à la géologie de la vallée et à la salinité de ses sources", notent les auteurs de cette découverte.
La datation radiométrique des stalactites présentes dans les tunnels situe leur édification à la fin de l'époque mamelouke, entre le XIVe et le XVe siècle, alors que la production de sucre était à son apogée dans l'est de la Méditerranée. Et c'est probablement dans ce but commercial qu'ils ont été créés.
La pente et les traces d'écoulement à travers ces passages viennent appuyer l'idée qu'ils ont été conçus pour alimenter les roues à aubes qui faisaient fonctionner les moulins, pour extraire le jus de canne et le raffiner en vue de l'exportation. La théorie est aussi consolidée par le déterrement d'une lampe à huile mamelouke, retrouvée dans l'un des moulins de cette zone.
Dépasser les contraintes environnementales
Dans une région où l'eau douce était rare, les ingénieurs mamelouks ont su transformer des sources inutilisables pour la boisson ou l'irrigation en énergie renouvelable pour leur production de sucre. "Creuser directement dans la roche sédimentaire permettait de limiter l'évaporation, de maintenir la pression de l'eau, mais aussi d'assurer un fonctionnement régulier des moulins", exposent les archéologues. Une maîtrise impressionnante des techniques hydrauliques pour cette époque médiévale.
Déjà connus pour leurs impressionnants aqueducs, ou encore leurs bains et leurs mosquées, les Mamelouks renforcent à nouveau leur réputation d'innovateurs grâce à cette dernière découverte.