Dans le nord-est de l'Égypte, des archéologues ont mis au jour une stèle gravée d'une version complète- et inédite- du "Décret de Canope", deuxième plus ancien des décrets ptolémaïques.
Le site de Tell Nebesha (aussi connu sous le nom de Tell el‑Faraoun), autrefois cité d'Imet, continue de révéler des pans entiers de l'histoire égyptienne. Centre urbain dynamique à partir du Moyen Empire (2040-1782 av. J.-C.), il a déjà livré de précieux vestiges, dont un bâtiment cérémoniel dédié à la déesse Ouadjet.
Aujourd'hui, la mission archéologique qui y opère a- à nouveau- fait une découverte des plus remarquables, annoncée par le Ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités sur Facebook le 9 septembre 2025: une stèle gravée d'une version complète du Décret de Canope, émis par le roi Ptolémée III en 283 av. J.-C. Une première depuis plus de 150 ans, indiquent les spécialistes.
Un document clé de l'époque ptolémaïque
Le fameux Décret de Canope est un texte religieux et politique rédigé en l'honneur du roi Ptolémée III Évergète Ier, son épouse Bérénice II et leur fille. Proclamé lors d'un rassemblement de prêtres dans la ville antique de Canope (banlieue est de l'Alexandrie moderne), il devait être distribué dans les grands temples du pays. Ses lignes documentent des actions marquantes du règne du souverain: dons aux institutions religieuses, allègements fiscaux en période de faible crue du Nil, instauration d'un nouveau culte le jour de l'apparition de l'étoile Sirius (à la mi-juillet dans le calendrier grégorien actuel) ou encore, ajout d'un jour intercalaire tous les quatre ans- une anticipation du calendrier julien.
Le décret évoque également la divinisation de la princesse Bérénice dans les sanctuaires égyptiens, ainsi qu'une réforme du clergé. Autant d'éléments qui, comme pour l'ensemble des décrets ptolémaïques, illustrent la propagande dynastique et l'évolution administrative de l'Égypte sous influence grecque, tout en constituant une source précieuse pour l'histoire et la compréhension des écritures anciennes. Jusqu'à présent, six versions du Décret de Canope étaient connues, certaines complètes et d'autres incomplètes, identifiées sur des sites tels que Momemphis (ou Imaou), Tanis (Djanet) et Tell Basta (Per Bastet).
Hiéroglyphes sans traduction: un cas unique
"L'importance de cette découverte réside dans le fait qu'il s'agit d'une nouvelle version complète du Décret de Canope, retrouvée après plus d'un siècle et demi [...]", déclare dans le communiqué le Dr Mohamed Ismail Khaled, secrétaire général du Conseil suprême des Antiquités. La stèle récemment mise au jour mesure 127,5 centimètres de haut, 83 centimètres de large et 48 centimètres d'épaisseur. Elle est taillée dans du grès, surmontée d'un disque solaire ailé flanqué de deux cobras royaux portant les couronnes de Haute et Basse-Égypte, avec au centre l'inscription Di ankh - di, "donner" et ankh,"vie".
Le texte central de trente lignes révèle une sculpture de qualité "moyenne"… mais un contenu historique d'une rare richesse. Fait inhabituel, la version de Tell Nebesha est exclusivement hiéroglyphique, suggérant l'existence d'éventuelles variations régionales dans la manière dont le texte était appliqué. Car les fragments déjà connus étaient souvent trilingues (hiéroglyphique, démotique et grec) ; au XIXe siècle, ils avaient même fourni aux scientifiques - dont Jean-François Champollion , des textes parallèles supplémentaires à celui de la pierre de Rosette pour vérifier leurs hypothèses sur la correspondance entre les signes hiéroglyphiques et les mots/sons grecs.
Le texte ici monolingue devrait cette fois permettre aux linguistes d'affiner leur compréhension de la grammaire, du vocabulaire et de la syntaxe de l'égyptien tardif, sans l'interférence de traductions parallèles. M. Chérif Fathi, ministre égyptien du Tourisme et des Antiquités, s'est ainsi montré enthousiaste dans la publication : "Cette découverte met en lumière l'importance archéologique du gouvernorat d'ach-Charqiya [nord-est de l'Égypte] et les trésors qu'il recèle encore, continuant d'émerveiller le monde".