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Bảo tàng lịch sử Quốc gia

Musée National d'Histoire du Vietnam

13/05/2022 10:35 198
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Dans la tradition archéologique, les poignards du Chalcolithique (période de la préhistoire caractérisée par le début de l'utilisation du cuivre) sont considérés comme des symboles de pouvoir masculin. Une récente étude vient contrebalancer cette idée en démontrant que ces lames étaient utilisées de manières très diverses, notamment dans la découpe de carcasses.

Les poignards du Chalcolithique et de l’âge du bronze ne sont pas de simples insignes de pouvoir masculin, comme la tradition archéologique l’admettait

Des lames en alliage de cuivre ont été découvertes sur une large partie de l'Europe durant le Chalcolithique, puis pendant une partie de l'Âge de Bronze. Malgré une grande diversité de lames exhumées, les études sont rares sur la fonction de ces artefacts métalliques. Une lacune en partie comblée grâce à l'analyse microscopique, par une équipe d'archéologues, de dix poignards découverts dans le nord de l'Italie. L'étude, publiée dans Scientific Reports le 12 avril 2022, démontre un usage multifonctionnel de ces poignards, en particulier dans le dépeçage des animaux. D'après Andrea Dolfini, archéologue à l'université de Newcastle ayant participé à l'étude, "l'analyse des résidus organiques est couramment appliquée aux artefacts en céramique, en pierre et en coquillage. Nous avons donc modifié la méthode pour pouvoir l'appliquer aux alliages de cuivre."

Un artefact associé aux guerriers

Ces poignards sont apparus simultanément, au 4e millénaire avant notre ère, dans une grande partie de l'Europe et sur la péninsule italienne. Le silex a progressivement été abandonné au profit d'alliages de cuivre, avec de l'arsenic ou de l'étain. C'est aussi la période d'une forte activité commerciale, avec des échanges d'artefacts dans toute l'Europe pendant l'Âge du Bronze. La fonction de ces poignards a longtemps été un objet de débat chez les archéologues. Certains les interprétaient comme des accessoires symboliques, ou encore des objets utilisés pour des rituels d'abattage. Les fréquentes découvertes de poignards dans des tombeaux de guerriers ont laissé penser aux archéologues qu'il s'agissait d'insignes non fonctionnels, symboles de pouvoir masculin. En outre, la faiblesse de l'alliage cuivreux ne supposait pas que ces poignards puissent être assez solides en tant qu'armes de courte portée.

Ces artefacts ont été découverts entre 2016 et 2017 sur le site de Pragatto (Italie), qui fait partie du système de Terramare (nom donné à la culture archéologique propre à l'Âge du Bronze), un site de peuplement préhistorique de la vallée du Pô, occupé de -1650 à -1200 avant notre ère. Il est célèbre pour ses restes de villages carrés faisant entre 1 et 20 hectares, jadis établis près des rivières et entourés de palissades. De plus, une partie du village porte des traces d'incendie, ce qui aurait permis la conservation d'un certain nombre d'éléments jusqu'à nos jours : neuf maisons incendiées, une fosse à déchets, un enclos pour animaux et 150 pièces mobilières en alliage de cuivre, dont 55 poignards.

Des résidus organiques sur les lames

L'examen des 55 poignards montre qu'ils étaient utilisés de manière prolongée, avec des traces de réparation et d'endommagement sur les bords de la lame. En outre, la taille très réduite de certaines dagues suppose un affûtage régulièrement effectué jusqu'à ce qu'elles ne soient plus utilisables. Les chercheurs ont supposé que les traces d'usure étaient causées par un contact répété avec des matières molles comme des tissus animaux ou végétaux.

Les 10 dagues portant le plus de ces résidus ont été sélectionnées pour être analysées en profondeur, grâce à l'observation microscopique et l'analyse SEM/EDX. Elles sont de différentes longueurs et la majorité portent les rivets d'attache à un manche organique en bois. L'observation au microscope à balayage a ainsi montré des résidus organiques accumulés le long des lames et à la base du manche, ainsi que de l'hydroxyapatite, un phosphate de calcium formé sur la lame par les restes d'os broyés. Des traces de collagène, de fibres osseuses, musculaires et tendineuses ont été trouvées, mais aussi de plantes, dont de l'amidon de triticeae, une famille de céréales comprenant le blé, l'orge et le seigle.

Ces tissus organiques ont pu être conservés grâce aux composés du métal qui limitent l'activité bactérienne et enzymatique. La composition du sol, riche en acides et en tanin à l'instar des tourbières, a aussi permis une meilleure conservation des matières organiques protéinées.

Des usages multiples

Ces récentes analyses démontrent que les poignards en alliage de cuivre étaient beaucoup plus fonctionnels que cela, notamment dans le traitement de carcasses d'animaux ou de plantes. Une utilisation qui concorde avec le contexte de Pragatto où l'élevage était très pratiqué. L'efficacité de ces lames dans la découpe a été confirmée lors d'expérimentations sur des restes de porc et de cerf, du bois vert et du blé, grâce à des répliques en alliage de métaux similaires. En outre, 7 à 10 jours plus tard, l'apparition d'oxydation de couleur orange/verte, causée par le contact avec de la chair, était semblable à l'oxydation repérée sur les poignards de Pragatto.

Mais Andrea Dolfini n'exclut pas les premières propositions. "Il y a fort à parier que ces poignards en métal, et certains en silex, étaient aussi utilisés comme des armes ou comme des signifiants de l'identité masculine, peut-être en lien avec le statut dans le clan. Au Chalcolithique et au début de l'Âge du Bronze, ils étaient souvent déposés dans des sépultures de guerriers, très majoritairement masculins." Bien que ces résultats soient significatifs, ils demeurent spéculatifs en raison de la rareté de ce type d'étude sur les poignards de cette époque. "La méthode peut être appliquée à n'importe quel alliage de cuivre provenant du monde entier, poursuit le chercheur. Elle peut révéler une grande variété de résidus organiques animaux ou végétaux. Des recherches ultérieures pourraient permettre d'isoler d'autres types de résidus, par exemple des graisses, des amidons, de l'hémoglobine provenant du sang humain ou animal. Mais bien sûr, nous ne savons pas encore comment cet axe de recherche va se développer à l'avenir."

https://www.sciencesetavenir.fr/

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