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Bảo tàng lịch sử Quốc gia

Musée National d'Histoire du Vietnam

21/12/2021 08:46 383
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Skip, skeiô, knörr…. Cela faisait cent ans qu’aucun bateau-tombe viking n’avait été découvert en Norvège. Détecté en 2018, celui de Gjellestad commence à livrer son histoire.


Fouilles archéologiques 2021 du navire-tombe viking de Gjellenstad (IXe siècle),  en Norvège.

CRÉDITS: MARGRETHE K.H.HAVGAR / KULTURHISTORISK MUSEUM

Sa proue était-elle ornée de chevaux et de chiens ? Des entrelacs de monstres stylisés ont-ils été sculptés sur la coque du navire ? Ou des têtes de dragons ? Depuis 1904 et la découverte du bateau d’Oseberg (IXe siècle), aucun navire viking n’avait été fouillé en Norvège. D’où, en cette fin d’année 2021, ce sentiment de fierté éprouvé par les archéologues scandinaves après leur dernier coup de pinceau sur l’étrave de celui retrouvé enfoui à Gjellestad, non loin de Halden, dans le sud-est de la Norvège. Celui-ci avait été découvert enseveli sous un tumulus à l’automne 2018 grâce à des relevés réalisés à l’aide d’un radar à pénétration de sol (GPR).

 

Image diffusée le 15 octobre 2018 par l'Institut norvégien de recherches culturelles (Niku), exposant les contours d'un navire viking identifié par géoradar, près d'Halden, en Novège. Crédits: Niku/AFP

Cette embarcation avait été enterré vers l’an 800 selon la coutume viking d’inhumation de certains chefs

Son étude vient juste de s’achever. Sous les rondeurs herbeuses d’un tertre de 32 m de diamètre, cette embarcation avait été enterré vers l’an 800, selon la coutume viking d’inhumation de certains chefs. Transporté sur des rondins depuis une rivière proche, le bateau avait été déposé au fond d’une fosse creusée. Une lourde tâche qui a dû fédérer l’intervention d’un grand nombre de personnes, peut-être des esclaves (traells). L’installation d’une chambre funéraire avait ensuite été dressée sur le bateau pour accueillir la dépouille du défunt. Des cérémonies ont sans doute été accomplies avant que l’ensemble ne soit recouvert d’une épaisse couche de terre agencée de telle façon qu’elle n’écrase pas le navire. Puis les siècles sont passés. Le temps a fait son œuvre… et les pilleurs aussi.

 

Dégagement du navire viking de Gjellestad par les archéologues norvégiens, en octobre 2020. Crédits: Marghrethe K.H. Havgar

Le bateau ayant été retrouvé dans un état de dégradation avancé, Christian Lochsen Rodsud, chercheur à l’université d’Oslo, n’a eu de cesse d’accélérer les travaux pour que soit recueillie la plus grande quantité d’informations avant que tout ne disparaisse sous l’avancée destructrice de microscopiques champignons. Chef du projet de fouille du navire de Gjellestad, il a fait en sorte que soit extrait tous les vestiges sous forme de blocs de terre, pour en faire ensuite une analyse minutieuse dans les laboratoires du musée d’histoire national d’Oslo, au cœur de la capitale.

 

Un des blocs de terre rapportés de Gjellestad au Musée national d'Oslo (Novège), pour les fouilles en laboratoire. Crédits: Kulturhistorisk museum.

Sur le terrain ont été extraits des fragments d’alliage de fer et de cuivre trouvés dans la chambre funéraire, des éléments de coffre ainsi que des ferrures, et des centaines de clous et rivets provenant des assemblages à clin de la coque… "L’emplacement de chaque clou a été méticuleusement positionné pour conserver la structure du navire et permettre sa reconstruction en 3D", explique Christian Lochsen Rodsud, joint par Sciences et Avenir.

 

Protection des clous et rivets découverts sur la coque du navire. Crédits: Marghrethe K.H. Havgar

De façon analogue aux bateaux vikings d’Oseberg et Gokstad (lire encadré), tout a aussi été dévalisé. "Malgré cela, nous avons pu recueillir beaucoup d’indices", précise l’archéologue. Dans la chambre funéraire, des dents de chevaux ont ainsi été collectés en quantité, ainsi que 560 os de bovidés et des os humains calcinés. "Nous avions déjà rencontré des cas de décapitations d’animaux dans d’autres vestiges funéraires de l’élite viking", poursuit Christian Lochsen Rodsud. Au premier rang des trouvailles qui ont surpris les archéologues figure le bois de conifère utilisé pour le plancher du navire, en lieu et place du chêne attendu, ainsi que l’empreinte rouillée d’une grande hache déposée sous la coque. S’agissait-il des reliques d’un rituel ? Le bloc de sédiment qui la contenait sera prochainement scanné et passé aux rayons X.

 

Rivet de fer radiographié dans sa gangue de terre. Crédits: Kulturhistorisk museum

Christian Lochsen Rodsud ajoute : "Pour nous, le plus important est la documentation globale du navire. Elle nous permettra de créer un modèle numérique de tous les vestiges, lesquels serviront plus tard de base à sa reconstruction. Nous avons encore des années de travail devant nous avec l’analyse du matériel rapporté au Musée d'histoire naturelle à Oslo. Les découvertes par radiographie et tomodensitométrie, la conservation des artefacts et des restes du navire à venir font partie de nos priorités de recherche".

 

Parmi les découvertes , celle d'une énorme perle d'ambre qui pourrait ne pas être un cas unique. Crédits: Kultuhistorisk museum.

Des surprises sont en effet attendues lors des analyses en laboratoire. Des perles de couleur ont ainsi été entrevues dissimulées dans certains blocs de sédiments qui seront bientôt examinés. L’une d’entre elles, une énorme perle d’ambre, a d’ores et déjà été extraite. "Il pourrait s’agir d’une perle d’épée", selon l’archéologue norvégien. Fascinés depuis longtemps par l’ambre à laquelle ils prêtaient des vertus protectrices, les Vikings comme leurs prédécesseurs ornaient leurs épées de ces perles. Attachées au fourreau par une cordelette, elles agissaient comme un charme. Celles récupérées dans le navire de Gjellestad pourraient avoir servi à protéger le défunt dans son voyage vers le Valhalla, le paradis des guerriers vikings.

Les navires-sépultures d'Oseberg et Gokstad

Jusqu'au bateau de Gjellestad, en 2018, seuls deux navires-sépultures vikings avaient été mis au jour en Norvège. Celui de Gokstad, à Sandar, par Nicolay Nicolaysen, en 1880 et celui d'Oseberg, long de 21m, par Gabriel Gustafson, en 1904. Le premier, qui a dû servir à la navigation hauturière, était le tombeau d'un homme, auprès duquel ont été exhumés les restes de deux paons et deux rapaces. A l'extérieur du navire, gisaient douze chevaux et sept chiens.

 

Le navire d'Oseberg, un des rares navires vikings conservé actuellement exposé au "musée des navires vikings" à Oslo, en Norvège. Crédits: AFP

Quant au bateau-tombe d'Oseberg, il a livré d'impressionnants vestiges parmi lesquels quinze chevaux, quatre chiens, deux boeufs, des traineaux et une immense quantité de matériel organique, dont des textiles précieux.

 

Le navire d'Oseberg, au moment de sa découverte en 1904. Crédits: AFP

En 1948, les ossements de deux femmes de hauts rangs y ont également été rencontrés. Ces personnages étaient peut-être liés au premier roi de Norvège, Harald à la belle chevelure. Dans le cas des interprétations possibles de l'usage des bateaux dans les coutumes funéraires scandinaves figure l'idée d'une aide au transport des morts dans l'au-delà. Des alignements de pierres naviformes se sont substituées peu à peu à ces bateaux véritables comme sépultures au fil du temps.

https://www.sciencesetavenir.fr/

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