En 79 après Jésus-Christ, l'éruption du Vésuve a recouvert Herculanum, une ville voisine de Pompéi, et la bibliothèque du sénateur Piso, remplie de papyrus. Retrouvés carbonisés, ces textes antiques se révèlent maintenant sous les scanners et autres méthodes à la pointe de la technologie.
Enfouie sous les cendres du Vésuve après l'éruption de l'an 79, l'impressionnante bibliothèque de la villa d'Herculanum, probablement propriété de Lucius Calpurnius Piso Caesoninus, le beau-père de l'empereur Jules César, a été réduite à du charbon. Ses précieux papyrus, découverts en 1750, ont d'abord été gravement endommagés par des tentatives d'ouverture maladroites. En voulant les dérouler à la main, alors que leurs couches étaient collées les unes aux autres, les premiers restaurateurs du XVIIIe siècle ont détruit une partie des textes. Il faudra attendre le XXIe siècle pour qu'une approche non invasive permette enfin d'espérer les lire sans les abîmer.
Après être restés illisibles pendant plus de deux millénaires, la technologie, et plus précisément l'intelligence artificielle, livre aujourd'hui les secrets de ces papyrus. Comme le relaie le site New Scientist, mardi 14 octobre, une équipe de chercheurs internationaux a réussi à redonner vie à ces écrits à l'aide de rayons X. "Le fait qu'ils soient carbonisés est finalement la seule raison pour laquelle nous les avons encore", explique la papyrologue Federica Nicolardi, de l'Université de Naples, rappelant au passage que ce papier se dégrade facilement hors des climats secs.
L'encre à base de suie, difficile à discerner
Les rouleaux d'Herculanum, ville voisine de Pompéi, proviennent pour la plupart des œuvres du philosophe épicurien Philodème de Gadara, dont le sénateur Piso fut à la fois le protégé et le mécène. Dès les années 2000, le chercheur américain Brent Seales, de l'Université du Kentucky, s'est pris de fascination pour ces reliques qu'il a entrepris de reconstituer virtuellement grâce à des scanners tridimensionnels. Alors que l'encre à base de suie, invisible aux rayons X, lui donne du fil à retordre, le scientifique émet l'hypothèse qu'une intelligence artificielle pourrait l'aider à distinguer cette encre du carbone ayant dégradé l'œuvre.
En 2019, une équipe se rallie à ses côtés et, en 2023, elle lance le Vesuvius Challenge, un concours international où programmeurs et chercheurs rivalisent pour trouver des outils qui permettraient de lire les papyrus numérisés.
2 000 mots déjà décryptés
Grâce à leurs algorithmes, les étudiants Youssef Nader, Luke Farritor et Julian Schilliger réussissent, pour la première fois en vingt siècles, à révéler des mots, dont porphyras ("violet"). Le texte se révèle être une réflexion de Philodème sur "la nourriture, la musique et le plaisir". Leur travail leur vaut le grand prix de 602 000 euros. En mai 2025, c'est au tour de deux chercheurs allemands d'être à l'origine de nouvelles avancées. Ils identifient notamment un titre complet : "Philodemus, Sur les vices".
Pour le physicien Giorgio Angelotti, désormais à la tête du projet, ces recherches sont devenues "une quête pour restaurer le patrimoine culturel de (sa) patrie". Avec l'amélioration continue des scanners et des IA, les chercheurs espèrent bientôt pouvoir "télécharger le texte" de chaque rouleau. Si 2 000 mots ont à ce stade été identifiés, d'autres papyrus attendent encore d'être exhumés, dont de potentiels documents liés à l'apôtre Paul, qui fit un jour un tour à Herculanum.