
Le musée du quai Branly propose un nouveau parcours sonore dans ses Collections permanentes. © Musée du quai Branly-Jacques Chirac / Mehrak Habibi
Depuis le 17 septembre, le musée du quai Branly invite les visiteurs à tendre l’oreille sur le plateau des Collections. Présent, sans être intrusif, un parcours sonore diffusé par 124 haut-parleurs recontextualise les œuvres et les nimbe d’une aura de poésie. Dépaysement garanti !
À ceux qui reprochent aux musées de civilisations de couper les objets de leur environnement naturel et culturel, le nouveau dispositif mis en place par le musée du quai Branly à Paris apporte une belle réponse. Grâce à l’expertise d’Éric de Visscher (assisté de Thomas Tilly), ce sont désormais de multiples ambiances sonores qui sont distillées sur le plateau des Collections, apportant un supplément d’âme à ces masques et ces statues privés des rituels et des danses qui les animaient autrefois.
Prières, poèmes et chants
« Le musée m’a contacté alors que j’officiais au Victoria and Albert Museum de Londres. En tant que professeur invité, j’y explorais la dimension multisensorielle du musée, et notamment l’utilisation du son comme une manière d’enrichir l’expérience de la visite, comme un outil d’interprétation ou de médiation », explique ainsi le commissaire du dispositif qui, entre autres fonctions, fut directeur artistique de l’Ircam/Centre Pompidou, puis directeur du Musée de la musique à la Philharmonie de Paris.
Le parcours des collections permanentes du musée du quai Branly à Paris © Musée du quai Branly-Jacques Chirac / Mehrak Habibi
Ce sont ainsi 150 sons, diffusés à travers 124 haut-parleurs, qui apportent une nouvelle dynamique de visite au parcours et enrichissent la seule perception visuelle des objets. Prières, poèmes ou chants, cérémonies rituelles enregistrées lors de missions ethnologiques, musiques instrumentales ou simples sons captés dans des milieux urbains (marchés, patios et autres lieux de sociabilité…) ou naturels (forêts, déserts…) dessinent ainsi les contours d’une nouvelle géographie et plongent le visiteur dans une dimension poétique et sensorielle.
Une déambulation intimiste et feutrée
Mais que ceux qui abhorrent les expériences immersives et les casques isolant les visiteurs entre eux se rassurent ! S’il avoue avoir utilisé le plateau des Collections comme « une caisse de résonance », Éric de Visscher n’a aucunement souhaité le saturer de sons. Signalés par des pastilles et accompagnés d’explications, des points d’écoute proposent des plages sonores ou musicales en relation directe avec une série d’œuvres présentées.
Le parcours des collections permanentes du musée du quai Branly à Paris © Musée du quai Branly-Jacques Chirac / Mehrak Habibi
Plus diffus, d’autres dispositifs sont davantage des évocations renvoyant à une région d’origine et enveloppent le visiteur d’une trame sensorielle. « Nous avons travaillé sur toute sorte de sons recueillis dans le monde entier par plusieurs artistes. Le travail des designers de la société NARRATIVE (Luc Martinez, Simon Cacheux et Julia Griner) a consisté ensuite à les intégrer dans une œuvre finale qui compose le paysage sonore des collections », explique ainsi Éric de Visscher.
Un voyage intérieur
On ne saurait alors trop conseiller aux visiteurs de se délester de leur environnement quotidien pour se laisser porter par ces vagues de sons qui ponctuent le parcours comme autant d’appels au voyage. Il est vrai que la scénographie créée par Jean Nouvel alterne les espaces intimes, propices à la rêverie, et les installations grandioses provoquant l’émerveillement.
Le parcours des collections permanentes du musée du quai Branly à Paris © Musée du quai Branly-Jacques Chirac / Mehrak Habibi
Parmi les « captations sonores » les plus séduisantes à nos oreilles, on citera ainsi cette cérémonie du rituel du bwiti collectée en 1975 dans la forêt gabonaise par l’ethnologue français Pierre Sallée qui nous fait soudain regarder autrement ces masques et ces harpes anthropomorphes propres à cette région de l’Afrique équatoriale. Plus loin, dans la Boîte Éthiopie, c’est un très beau chœur de chanteurs orthodoxes qui plonge le visiteur dans une église d’Addis Abeba.
Rires et grains de sable
Plus irrévérencieux, des jeux de langue inuits, d’une virtuosité époustouflante, nous rappellent combien, chez les peuples du froid, le rire et les facéties sont la seule arme pour combattre cet environnement hostile. A contrario, combien apparaissent voluptueux ces bruits d’oiseaux, de chants et de fontaines semblant surgir du patio d’une demeure orientale. Et combien sont étranges et oniriques ces bruits que font les grains de sable dans les déserts d’Arabie lorsqu’ils entrent en résonance les uns avec les autres. Les peuples bédouins ont nommé cet étrange phénomène naturel « le chant des dunes ».
La rampe d’accès au plateau des collections permanentes du musée du quai Branly à Paris © Musée du quai Branly-Jacques Chirac / Mehrak Habibi
Nullement éphémère, ce dispositif sonore se veut donc un prolongement poétique à savourer en toute liberté. Certes, quelques ajustements s’imposent, et de même qu’un musicien accorde régulièrement son instrument, les équipes du musée s’attacheront à moduler l’intensité du son, encore trop discret en certains endroits. Gageons que certains habitués du musée iront jusqu’à revisiter le plateau des Collections… les oreilles ouvertes et les yeux fermés !
« Les Collections ont leur bande-son »
Exposition permanente sur le plateau des Collections du musée du quai
Branly-Jacques Chirac
37 quai Branly, 75007 Paris