"Quelles civilisations, européenne, amérindienne et asiatique, ont eu une dévotion pour le Soleil ?", nous demande un lecteur sur notre page Facebook. C'est notre Question de lecteur de la semaine.
Kinich Ahau, dieu solaire bienveillant des Mayas, dans les ruines de Quintana Roo, au Mexique. RICHARD MASCHMEYER / ROBERT HARDING RF / ROBERTHARDING VIA AFP
"On peut affirmer que tout ce qui existe sur la Terre a été créé grâce au Soleil et le Soleil finira par faire disparaître tout ce qui existe sur la Terre. En ce sens, la dévotion de Mayas pour le Soleil comme créateur n’était pas fausse. Il y a eu aussi les Égyptiens qui ont eu cette divinité. Mais quelles autres civilisations, européenne, amérindienne ou asiatique, ont eu une dévotion pour le Soleil ?", nous demande un fidèle lecteur de Sciences et Avenir, Gerard Content, sur notre page Facebook. C'est notre question de lecteur de la semaine. Merci à toutes et tous pour votre participation.
Dans les civilisations précolombiennes d’Amérique centrale et du Sud, le culte solaire occupait une place centrale dans les pratiques religieuses et sociopolitiques. Parmi les trois grands peuples qui ont laissé leur empreinte culturelle et spirituelle sur cette région – les Mayas, les Incas et les Aztèques – chacun a accordé au Soleil une symbolique propre, mais toujours fondamentale, incarnant autant un pouvoir divin qu’un cycle essentiel à la vie et à l’ordre cosmique.
Inti, le Père Soleil et pourvoyeur de vie des Incas
Pour les Incas, peuple de l’Empire andin qui a prospéré du 13e siècle jusqu’à l’arrivée des Espagnols, le Soleil représentait bien plus qu’une simple entité lumineuse. Il était personnifié par Inti, le dieu solaire et créateur du monde, considéré comme l’ancêtre divin des empereurs incas. Cette filiation sacrée conférait aux souverains une légitimité et un caractère sacré : le Sapa Inca, titre de l’empereur, était alors vu comme le "Fils du Soleil", garantissant ainsi un lien direct avec Inti et légitimant son pouvoir politique et religieux.
Inti était célébré à travers des cérémonies grandioses, telles que l’Inti Raymi, la "fête du Soleil", qui avait lieu lors du solstice d’hiver. Lors de cette fête, les Incas honoraient le retour de la lumière et de la chaleur solaire, assurant le renouveau des récoltes et la prospérité de l’empire. Cette vénération incluait des sacrifices, bien que ceux-ci fussent généralement des offrandes symboliques ou des sacrifices d’animaux, contrairement aux pratiques aztèques. L’adoration d’Inti se faisait également à travers des temples majestueux, comme le Coricancha à Cuzco, un sanctuaire dont les murs recouverts d’or représentaient les rayons du Soleil lui-même, matérialisant le pouvoir sacré du dieu solaire.
Huitzilopochtli et la guerre cosmique des Aztèques
Chez les Aztèques, peuple mésoaméricain qui a dominé la vallée de Mexico entre le 14e et le 16e siècle, le Soleil était vénéré dans un contexte de guerre cosmique perpétuelle. Leur panthéon solaire était dominé par Huitzilopochtli, le dieu du Soleil et de la guerre, dont l’existence était considérée comme indispensable à l’équilibre du cosmos. Selon la mythologie aztèque, le Soleil nécessitait un apport constant d’énergie pour poursuivre son parcours quotidien et vaincre les forces des ténèbres. Cette énergie était alimentée par le sang humain, d’où la pratique bien documentée des sacrifices humains, qui visait à apaiser et nourrir Huitzilopochtli.
Le Grand Temple de Tenochtitlan, centre névralgique de la capitale aztèque, était dédié conjointement à Huitzilopochtli et à Tlaloc, dieu de la pluie, soulignant l’importance du Soleil dans l’équilibre entre guerre et fertilité. Les cérémonies solaires aztèques, spectaculaires et souvent effrayantes pour les observateurs européens, étaient conçues comme des actes de renouvellement cosmique, permettant à l’astre du jour de survivre et d’éviter la destruction du monde.
Kinich Ahau, le dieu solaire bienveillant des Mayas
Les Mayas, civilisation florissante dans le sud du Mexique et l’Amérique centrale du 2e au 9e siècle, honoraient également le Soleil sous la forme de Kinich Ahau, un dieu à l’apparence bienveillante et associé à la royauté. Bien que le culte solaire maya n’ait pas atteint l’ampleur de celui des Aztèques, il jouait néanmoins un rôle crucial dans la société et la cosmologie maya. Kinich Ahau était considéré comme le gardien de la lumière diurne et de la prospérité agricole, essentiel pour le bien-être de la communauté.
Les Mayas observaient attentivement les mouvements du Soleil, élaborant des calendriers extrêmement précis et érigeant des structures architecturales en fonction des équinoxes et des solstices, comme le temple de Kukulcán à Chichen Itzá. Ce dernier se distingue par son architecture unique, qui, lors des équinoxes, projette une ombre évoquant un serpent descendant les marches, symbolisant ainsi le lien entre le Soleil et le monde terrestre. Les observations solaires permettaient aux prêtres-astronomes de prédire des événements naturels et d’organiser la vie agricole, consolidant l’autorité du pouvoir religieux.
Outre les Mayas, Incas et Aztèques, d’autres grandes civilisations à travers le monde ont vénéré le Soleil, chacune développant ses propres rituels et symbolismes solaires en lien avec la nature et le cosmos.
Râ et Aton, dans l'Égypte ancienne
En Égypte, Râ, le dieu du Soleil, tenait une place centrale dans la mythologie et la vie quotidienne. Représenté souvent par un disque solaire, Râ traversait le ciel dans une barque pendant la journée, puis naviguait sous la terre la nuit pour lutter contre les forces du chaos. Ce dieu solaire incarnait la vie, la fertilité et l’ordre cosmique. Sous le règne d’Akhénaton, le culte d’Aton, un aspect solaire de Râ, devint presque exclusif, créant une forme de monolâtrie qui a marqué l’histoire religieuse de l’Égypte.
Antiquité égyptienne : pointe de pyramide de la chapelle de Ramose décorée de la représentation de Ra-Harakte divinité du soleil levant, 19ᵉ dynastie (1295-1190 avant JC). Crédits : Leemage via AFP
Sûrya, le Soleil de la Vérité et de la Justice des Indiens
Dans l’Inde antique, Sûrya, le dieu du Soleil, était vénéré comme source de justice, de vérité et de guérison. Sa lumière symbolisait la connaissance et la purification spirituelle, concepts qui se traduisent dans les pratiques du yoga et de la méditation. Sûrya, souvent représenté monté sur un char tiré par sept chevaux, est au cœur de nombreux rituels, comme le célèbre festival de Chhath, dédié à l’astre solaire.
Sol Invictus chez les Romains
Dans la Rome antique, le culte de Sol Invictus, le "Soleil invaincu", a pris de l’ampleur à partir du 3e siècle. Ce dieu incarnait la victoire et l’immortalité, et son culte a été particulièrement promu par l’empereur Aurélien pour unifier l’Empire. La date du 25 décembre, célébrée comme la naissance de Sol Invictus, symbolisait la victoire de la lumière après le solstice d’hiver, une symbolique reprise plus tard par le christianisme.
Mithra dans la Perse ancienne
Dans la Perse ancienne, Mithra était une divinité solaire associée à la lumière, à la justice et à la protection contre les forces maléfiques. Portant une couronne rayonnante, Mithra était perçu comme un médiateur cosmique entre le bien et le mal. Ce culte solaire a exercé une influence durable, se répandant même au sein de l’armée romaine et inspirant des éléments des mythes chrétiens et islamiques.
Amaterasu, la déesse solaire du Japon
Amaterasu, déesse solaire du Japon, est au cœur de la mythologie shintoïste et symbolise la lumière et la vitalité. Descendante directe des empereurs japonais, Amaterasu incarne le pouvoir et l’autorité divine de la lignée impériale. Le sanctuaire d’Ise lui est dédié, et chaque empereur y rend hommage, affirmant ainsi son lien sacré avec la déesse solaire.
Amaterasu sortant de la caverne, estampe de Shunsai Toshimasa (vers 1889). Crédits : Domaine public
Sól, symbole scandinave
Dans la mythologie scandinave, Sól était la personnification féminine du Soleil, guidant l’astre du jour dans un char céleste poursuivi par le loup Fenrir. Ce symbole du Soleil, poursuivi par les ténèbres, représentait la lutte perpétuelle entre lumière et obscurité, reflétant la dualité de la vie et de la mort si présente dans les cultures nordiques.
Saulé, déesse des civilisations baltes
Dans les régions baltes, Saulé, la déesse du Soleil, était adorée pour ses pouvoirs de fertilité et de protection. Des festivités solaires marquaient les solstices et rythmaient les saisons agricoles. Saulé était également associée à la guérison et aux récoltes, jouant un rôle central dans les rituels qui visaient à assurer l’abondance et la santé de la communauté.
Xihe et les dix Soleils de Chine
En Chine, la mythologie raconte l’histoire de Xihe, déesse associée au Soleil, mère de dix Soleils qui tour à tour montaient dans le ciel. Ce mythe symbolisait la régulation cosmique et l’équilibre des forces naturelles, essentiel pour les anciens Chinois. Les éclipses, interprétées comme des manifestations divines, suscitaient d’importants rituels pour restaurer l’ordre céleste.
L'on en conclut ainsi que ces cultures, bien qu’éloignées géographiquement, partageaient une vision du Soleil comme force fondamentale de vie, de vérité et d’ordre cosmique.