L'analyse de l'ADN ancien révolutionne notre compréhension des sociétés disparues, dont celle des Avars, un peuple guerrier qui a régné sur l'Europe centrale du VIe au IXe siècle. Une récente étude révèle les pratiques matrimoniales, la structure sociale et les transitions politiques au sein de cette culture mystérieuse d’il y a 1500 ans.
L’analyse de l’ADN ancien a permis à une équipe multidisciplinaire de chercheurs des instituts Max Planck pour l’anthropologie évolutive, de l’Université Eötvös Loránd, du Centre Curt Engelhorn pour l’archéométrie, et de l’Institut d’études avancées, de dévoiler les structures sociales des Avars, peuple guerrier d’Asie centrale qui s’est établi dans le bassin des Carpates du VIe au IXe siècle.
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Leurs découvertes, publiées dans la revue Nature, offrent de nouveaux éclairages sur les pratiques matrimoniales, notamment le rôle des femmes dans la cohésion des clans par des mariages exogames et les transitions politiques au sein de cette société complexe, longtemps restée énigmatique faute de sources écrites détaillées. Elles transforment notre compréhension des interactions et de l’évolution des peuples nomades en Europe durant le Haut Moyen Âge.
Une société structurée et patrilinéaire
Les Avars sont originaires des steppes d’Asie centrale. Ils ont marqué l’histoire du bassin des Carpates entre le VIe et le IXe siècle par leur structure sociale distinctive et leurs pratiques de peuplement. Selon les recherches récentes, ce peuple guerrier s’est établi dans une organisation patrilinéaire rigoureuse.
Pour arriver à cette conclusion, les chercheurs ont analysé des communautés entières en échantillonnant tous les restes humains disponibles dans quatre cimetières de l’ère Avar. Ils ont analysé un total de 424 individus. Ils ont découvert qu’environ 300 d’entre eux avaient un parent proche enterré dans le même cimetière. Cela a permis de reconstituer plusieurs pedigrees étendus, révélant que les communautés pratiquaient un système de filiation patrilinéaire strict.
Carte de la Grande Plaine Hongroise montrant la localisation des quatre sites analysés dans cette étude. © G. A. Gnecchi-Ruscone et al., 2024
Ainsi, les lignées masculines dominaient la structure sociale et les décisions communautaires. Les hommes Avars demeuraient typiquement au sein de leur communauté d’origine. Ils perpétuaient les traditions et le patrimoine culturel à travers des générations. Cette continuité territoriale et linéaire renforçait leur cohésion interne et leur capacité à défendre et gérer leurs territoires.
La cohésion des Avars reposait en grande partie sur les femmes
D’autre part, la structure sociale Avar intégrait des pratiques matrimoniales ordonnant aux femmes de rejoindre les communautés de leurs époux. Elles étaient souvent issues de régions ou de cultures diverses. Cette exogamie féminine jouait un rôle crucial dans le tissage de liens intercommunautaires. Elle favorisait ainsi l’échange culturel et le renforcement des alliances entre différentes factions. Zuzana Hofmanová, l’une des auteurs de l’étude, souligne, dans un communiqué : « les femmes étaient les vecteurs de connexion entre les clans, leur rôle étant essentiel pour maintenir la cohésion sociale au-delà des frontières patrilinéaires ».