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Bảo tàng lịch sử Quốc gia

Musée National d'Histoire du Vietnam

04/10/2023 11:55 1994
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Masque de la société du Ngil, peuple Fang, Gabon, fin du XIXe siècle, bois de fromager, kaolin, fibres végétales, tissu, H. : 55 cm ©Hôtel des ventes de Montpellier

Plus d'un an après, la vente d'un rarissime objet Fang va-t-elle être annulée pour erreur sur la substance ? Après avoir vu leur masque africain s'envoler pour 4,2 millions d'euros aux enchères, les anciens propriétaires estiment avoir été trompés.

Comment déterminer la limite entre une bonne affaire et une tromperie ? Hier, lundi 2 octobre, « Le Monde » a publié un article sur un cas pour lequel la justice devra bientôt trancher. En 2021, un couple de retraités d’Eure-et-Loir a fait appel à un brocanteur pour vider leur résidence secondaire. Parmi le lot des objets vendus au professionnel se trouvait un masque en bois sculpté du Gabon, cédé pour 150 euros. Après des analyses, une expertise et une importante couverture médiatique, l’objet Fang a été adjugé 4,2 millions d’euros à l’Hôtel des ventes de Montpellier. À présent, les anciens propriétaires estiment avoir été trompés par l’antiquaire et demandent l’annulation de la vente.

Plus qu’une dizaine de masques de ce type qui existent aujourd’hui

Acquis au Gabon entre 1917 et 1918 par le gouverneur colonial René-Victor Edward Maurice Fournier (1873-1931), un des aïeuls du couple d’anciens propriétaires, l’objet était précieusement conservé dans la même famille pendant un siècle. Après datation au carbone 14 et expertise du galeriste Bernard Dulon (spécialiste des arts anciens d’Afrique, d’Océanie et des Amériques), l’objet s’avère être un rarissime masque Fang de la fin du XIXe siècle issu de la société secrète Ngil. « La pureté de ses lignes et l’agencement de ses volumes lui confèrent un rang d’icône dans le corpus très retreint des masques de la société du Ngil », précise le dossier de presse de la vente aux enchères. L’objet était utilisé lors des rites traditionnels de justice coutumière dans les villages du Gabon pour débusquer les fauteurs de troubles. Toutefois, ces pratiques ayant été abandonnées dans les années 1920, la création de ces instruments de jugement a également été arrêtée.

Masque de la société du Ngil, peuple Fang, Gabon, fin du XIXe siècle, bois de fromager, kaolin, fibres végétales, tissu, H. : 55 cm ©Hôtel des ventes de Montpellier

Aujourd’hui, il ne resterait plus qu’une dizaine de masques de ce type au monde. La moitié d’entre eux sont conservés dans des musées et les les rares exemplaires apparus en vente ont battu des records, comme celui de l’ancienne collection Vérité adjugé 5,75 millions d’euros à Drouot en 2006. Quelques masques ont été présentés lors de l’exposition « Les forêts natales » au musée du quai Branly-Jacques Chirac en 2017, qui mettait en lumière l’art Fang au Gabon.

“ Il faut faire preuve d’un peu de bonne foi et d’honnêteté. Mes clients n’auraient jamais cédé ce masque à ce prix s’ils avaient su qu’il s’agissait d’une pièce rarissime », explique lundi à l’AFP l’avocat des anciens propriétaires, Frédéric Mansat Jaffré. Le couple a découvert par hasard dans la presse l’organisation de la vente d’ « un rarissime masque du XIXe siècle, apanage d’une société secrète du peuple Fang au Gabon » à Montpellier avec la photo de leur ancien masque et la provenance par leur aïeul dans le catalogue de l’événement. Quelques jours plus tard, l’objet est adjugé 4,2 millions d’euros, soit presque un record. Face à ce monstrueux écart de prix, le couple estime avoir été trompés par le brocanteur et est persuadé que le professionnel était conscient de la valeur réelle de l’objet puisqu’il a été mis à prix à 300 000 euros lors de la vente aux enchères. De plus, l’antiquaire n’aurait jamais exposé le masque dans sa boutique et aurait réalisé avant toute première démarche une datation au carbone 14, coûtant 600 euros, soit quatre fois le prix d’achat. D’après « France Info »le brocanteur aurait a posteriori proposé 300 000 euros aux retraités « qui n’ont jamais vu le chèque », rapporte leur avocat.

Masque fang de la société du Ngil présenté à la galerie Pierre-Alain Challier à Paris, en mars 2022 ©Hôtel des ventes de Montpellier via Facebook

L’affaire Poussin et la notion d’erreur de substance

Le couple peut-il faire annuler la vente ? Oui, selon Frédéric Mansat Jaffré. En effet, il existe un cas célèbre qui fait jurisprudence en France. L’exemple sur lequel souhaite s’appuyer l’avocat est l’affaire Poussin. Pendant une quinzaine d’années, une vente aux enchères a opposé la direction des Musées de France et les époux Saint-Arroman, les propriétaires d’un tableau ancien représentant Olympos et Marsyas. Attribuée (à tort) à l’école de Carrache, l’œuvre est préemptée et acquise à bas prix par le Louvre en 1968, qui l’expose dès l’année suivante comme une toile de Nicolas Poussin. Lorsque le couple découvre l’attribution du musée, il assigne la direction des Musées de France en nullité de la vente pour erreur sur la substance, s’appuyant sur un article du Code civil qui stipule que l’« erreur » du vendeur peut être invoquée pour entraîner la nullité d’un contrat de propriété sur cette erreur pour sur la « substance » de l’objet de ce même contrat. Après une longue bataille judiciaire, le tableau est finalement restitué aux propriétaires. Ainsi, le système protège les particuliers qui ne connaissent pas le marché de l’art, qui peuvent faire un recours pour annuler une vente, tandis qu’il est assez sévère envers les professionnels qui profitent d’une intuition pour faire une découverte (potentiellement très rémunératrice).

 

Olympos et Marsyas, le tableau litigieux de l’affaire Poussin. Tableau redécouvert par Pierre Rosenberg en 1969, acheté par le musée du Louvre puis rendu à ses propriétaires suite à une procédure judiciaire en 1978. Remis en vente et adjugé avec les frais pour 8 142 500 francs le 12 décembre 1988. © Wikimedia Commons

Puisque le couple de retraités a vendu le masque 150 euros sous l’emprise de l’ « erreur » du brocanteur professionnel, l’erreur sur la substance pourrait bien s’appliquer. L’antiquaire a été assigné en justice et la cour d’appel de Nîmes a autorisé en juin dernier le blocage du montant du produit de la revente de l’objet, soit 3,1 millions d’euros après déduction des frais et de l’impôt sur la plus-value. D’après « France Info », l’affaire sera plaidée le 31 octobre prochain devant le tribunal judiciaire d’Alès (Gard) et la décision sera attendue pour la fin d’année. La justice pourrait décider d’un partage plus équitable du produit de la vente ou bien directement annuler les deux ventes.

https://www.connaissancedesarts.com/

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