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Bảo tàng lịch sử Quốc gia

Musée National d'Histoire du Vietnam

01/08/2023 15:02 438
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La découverte d'une cave richement décorée dans la villa des Quintili près de Rome, considérée comme l'un des vignobles les plus somptueux du monde antique, met en évidence la vinification comme une forme de spectacle – et de pouvoir – pour les privilégiés de l'Empire romain.

Courses de chars, batailles de gladiateurs (et de teckels), jeux scéniques. Durant l'Antiquité, les Romains ne lésinaient pas sur les divertissements. Un fait d'autant plus véridique chez les élites de l'Empire. Une nouvelle découverte archéologique, décrite dans la revue Antiquity le 17 avril 2023 et relayée plus récemment par The Washington Post, révèle l'un de ces nombreux loisirs, qui n'avait été observé qu'une seule fois auparavant : la fabrication de vin (vinification) comme forme de théâtre.

À l'extérieur de Rome, dans la fastueuse villa des Quintili, les vestiges d'une cave des plus particulières, vieille 1 800 ans, ont été identifiés. Ses finitions, comme ses sols en marbre, très rarement réalisées de la sorte dans les anciens vignobles, suggèrent qu'elle a été conçue pour les apparences plutôt que de façon pratique. En outre, des chambres décorées autour de la pièce semblent avoir accueilli des invités, venus là, selon les auteurs de l'étude, apprécier la vendange annuelle tel un spectacle.

La villa des Quintili, luxueuse demeure pour empereurs

La villa des Quintili a été construite au IIe siècle de notre ère, à environ 13 kilomètres du centre-ville moderne de la capitale italienne, par les deux frères Quintili- leurs noms ont été retrouvés par les archéologues sur des tuyaux en plomb des vestiges de l'édifice.

Puissants consuls proches de l'empereur romain Marc Aurèle (121-180 apr. J.-C.), ils sont toutefois à son décès mis à mort par son fils, l'empereur Commode. Celui-ci confisque tous leurs biens, et intègre la riche propriété aux possessions impériales. Elle le restera durant trois siècles.

  
Les ruines de la villa des Quintili, à côté de la Voie Appienne (Via Appia) partant de Rome.Libre de droits

Les fouilles officielles sont entreprises depuis la fin du XVIIIe siècle sur les ruines. Alors qu'en 2017, des spécialistes étaient à la recherche de l'entrée du site, ils ont découvert de premières traces de la cave.

Mais si la villa a été utilisée par de nombreux empereurs à travers les âges, des gravures du nom de Gordien III (225- 244) leur sont aussi apparues. Elles laissent à penser que le dirigeant pourrait avoir construit (ou rénové) la cave, avec extravagance en comparaison aux installations de l'époque.

La vinification comme performance "théâtrale"

Les sols, habituellement en béton étanche, étaient là jonchés de marbre rouge importé, sur lesquels les esclaves auraient pu piler les raisins, indiquent les auteurs de l'étude. Et ce, pour le plus grand plaisir d'invités des cercles les plus élevés, assis dans des salles à manger qu'il faut imaginer autrefois richement aménagées – et qui, semble-t-il, n'avaient rien à voir avec le processus de production.

Le moût, jaillissant à travers des fontaines bordées de marbre installées sur les murs et se déversant dans des dolia (dolium au singulier, jarres en céramique de l'Antiquité servait notamment au transport de vin) au sol, aurait ainsi été considéré comme un spectacle des plus divertissants.

Emlyn Dodd, maître de conférences en études classiques à l'université de Londres (Angleterre), qui travaillait à la British School de Rome lorsqu'elle a écrit l'article publié dans Antiquity, explique :

Le vin et sa fabrication, du prestige et du pouvoir

S'il est désormais connu que boire du vin était un symbole de statut et de prestige pour les anciens Grecs et Romains, la cave de la villa des Quintili montre qu'en outre, sa vinification pourrait avoir servi de "jouet impérial". C'est en tout cas ce que suggère Alice Poletto, chercheuse romaine de la British School de Rome qui n'a pas participé à la recherche, interrogée par The Washington Post.

D'après ses estimations, ses salles à manger pourraient avoir accueilli 25 à 27 invités, peut-être deux fois par an. Ces sortes de "dîners spectacles" auraient constitué "une opportunité unique et un honneur absolument élevé, qui servait non seulement de récompense aux invités, mais aussi, à mon avis, un moyen pour l'empereur de mettre en valeur [et] de renforcer son pouvoir".

Ces indices font en tout cas de la villa du IIe siècle la deuxième du genre à témoigner de cet usage, après la découverte en 2016 d'une installation similaire dans la villa Magna (Anagni, centre de l'Italie), datée d'environ 100 ans plus tôt.

Nicholas Purcell, professeur d'histoire ancienne à l'université d'Oxford (Angleterre), qui n'a pas participé aux recherches mais a été questionné par nos confrères, mise ses pièces sur la villa d'Hadrien (Tivoli, à une trentaine de kilomètres de Rome). "Cela ne m'étonnerait pas du tout de trouver de somptueuses salles publiques… [dans] la plus grande et la meilleure villa impériale romaine jamais construite."

Le spécialiste rappelle que l'Histoire regorge à travers les âges d'exemples de riches jouant avec l'idée d'un "style de vie bucolique". Il cite par exemple l'installation- dans un mouvement de "retour à la nature" initié par les idées de Rousseau et de Diderot notamment- de la "laiterie de la Reine" pour Marie-Antoinette d'Autriche (1755-1793) dans le château de Rambouillet.

Si le monument servait en effet à déguster les produits laitiers, très en vogue à la fin du XVIIIe siècle, son décor majestueux a davantage été conçu pour sa forme plutôt que pour sa fonction. La villa des Quintilii semble être une représentation similaire de "super-riches [qui] jouent avec le fantasme qu'ils pourraient participer à la vie romantique de la production agricole", déclare-t-il.

https://www.geo.fr

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