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Bảo tàng lịch sử Quốc gia

Musée National d'Histoire du Vietnam

28/04/2022 14:34 231
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Du 28 avril au 25 juillet, le musée du Louvre, à Paris, présente l’exposition "Pharaon des Deux Terres, l’épopée des rois de Napata", ou l’histoire des souverains africains du royaume de Kouch qui régnèrent sur l’Egypte à la XXVe dynastie.

Le roi Taharqa et le faucon de Hémen. CRÉDITS: MUSÉE DU LOUVRE/RMN/GRAN. PALAIS/CHRISTIAN DÉCAMPS

Ils s’appelaient Chabataqa, Chabaka, Taharqa, ou encore Piânkhi… et furent tous pharaons d’Egypte ! C’est à l’histoire de leur épopée dans la vallée du Nil, à partir du 8e siècle av. J.C. que le musée du Louvre consacre une exposition.

 
Copie du colosse du Pharaon Kouchite Taharqa. © Trigon Art/Ingenieurbüro/Pawel Wolf

L’histoire épique des rois de Napata

"Cette épopée est de même envergure que celle de Roland à Roncevaux, où d’Hannibal traversant les Alpes", déclare d’emblée Vincent Rondot, directeur du département des Antiquités égyptiennes du Louvre, commissaire de l’exposition. Présentée sur plus de 1000 met à travers 200 objets- certains venus de Londres et Oxford (Grande-Bretagne), Berlin (Allemagne), ou Copenhague (Danemark), le musée parisien retrace la conquête de toute la vallée du Nil par un roi audacieux venu dès 720 av. J.C du mystérieux "pays de Kouch", au sud de l’Egypte, ainsi que celle de ses successeurs.

Plus intrépide que les autres, Piânkhy est en effet le premier souverain venu de Nubie (actuel Soudan) à s’être emparé de l’Egypte à un moment où celle-ci est totalement divisée, fragile et désunie. Il n’y a plus de pharaons puissants à sa tête. Les célèbres Akhenaton, Toutankhamon, Ramsès II et autres ont déjà disparu depuis longtemps. Seuls des roitelets locaux tentent de s’arroger le titre de pharaon. C’est alors que Piânkhy, général venu de la lointaine Napata, ville sacrée située au pied de la Djebel Barkal (Montagne-Pure) dans le pays de Kouch, va décider au 8e siècle av.J.C, de profiter de ce moment d’instabilité. Il va parvenir à conquérir, ville après ville, toute la vallée du Nil, jusqu’à Memphis, ouvrant ainsi la voie à ses successeurs, en fondant la XXVe dynastie. Décrivant ce véritable "raid", un fac-similé des 160 lignes de hiéroglyphes gravés de la Stèle triomphale de Piânkhy, retrouvée en 1862, au Soudan, est présenté dès l’entrée de l’exposition.

 

Spectaculaire bélier d'Amon protégeant Aménophis III, transporté depuis le site de Soleb jusqu'au Djebel Barkal, sous le règne de Piânkhy. Prêté par l'Agyptisches Museum de Berlin. © Bernadette Arnaud/Sciences et Avenir.

Ce royaume égyptien, les Kouchites le connaissent depuis longtemps. Le territoire dans lequel ils vivent a en effet été conquis par les pharaons de l’Ancien Empire (2700-2200 av.J.C).Toutankhamon, au 2e millénaire avant notre ère, reçoit encore le paiement de leur tribut, comme l’indique un grand panneau reproduisant La scène du tribut nubien de la tombe de Houy. Et un monumental bélier d’Amon gravé au nom d’Aménophis III (1350 av.J.C) rapporté du Djebel Barkal par Karl Richard Lepsius (1810-1884), témoigne du lien puissant qu’entretenaient les Koushites envers certaines divinités du Nil et en particulier Amon.

 
Aquarelle de Jean-Claude Golvin reproduisant la cité de Napata, au pied du Djebel Barkal, la Montagne-Pure, dans le pays de Kouch. © Bernadette Arnaud/Sciences et Avenir

Des pharaons de Kouch chassés d’Egypte par les Assyriens

Venus de la Nubie, que les historiens anciens appellent Ethiopie- nom donné à tout ce qui se trouve situé au sud de la 2e cataracte du Nil, les pharaons de Kouch règneront sur l’Egypte pendant un peu plus d’un siècle avant de s’en faire chasser à leur tour, non par des Egyptiens, mais par les Assyriens qui ne supportent pas la présence d’un royaume aussi puissant à leur frontière. "Ils n’auront de cesse en quatre générations de rois, que d’abattre ce royaume pour en renvoyer les souverains chez eux", commente Vincent Rondot. Ils n’hésitèrent pas à détruire Thèbes, en 664 av. J.-C, pour chasser le dernier d’entre eux, Tanouétamani. Une mise à sac de la ville par les armées d’Assurbanipal dont la férocité destructrice retentit jusque dans la Bible, où "Ninive est menacée de subir le sort de Thèbes si elle continue à s’opposer à l’Eternel ! C’est dire à quel point la destruction de Thèbes par les Assyriens avait traumatisé le monde antique", ajoute Vincent Rondot.

La XXVIe dynastie, la "Renaissance" de l’Egypte antique

Littéralement restés en embuscade dans la ville de Saïs, dans le delta du Nil et n’ayant jamais fait allégeance aux pharaons venus du Kouch, les Saîtes s’étaient alliés avec les Assyriens. Ils donneront naissance à la XXVIe dynastie, aussi connue comme dynastie SaïteSoit la plus brillante de l’Egypte ancienne au point qu’elle est qualifiée de période de "Renaissance", puisqu’elle renoue avec le faste du Nouvel Empire (1550-1070 av. J.C). Avec à sa tête le roi Psammétique 1er puis son successeur Psammétique II. L’historien Hérodote dira de ce dernier "qu’il avait vaincu les Éthiopiens (nom donné à l’époque aux Kouchites NDLR)". En effet, suite à une campagne militaire montée avec des mercenaires grecs, des hoplites, cariens et ioniens d’Asie Mineure, mais aussi des phéniciens et des judéens (lire Sciences et Avenir n° 900), cette expédition punitive égypto-grecque atteindra la ville de Napata qui sera à son tour mise à sac en 593 av. J.-C marquant ainsi la fin du règne des rois Kouchites sur l’Egypte.

Les statues brisées de Napata ressuscitées grâce à la 3D.

 
Restitution numérique 3D de la statue de Taharqa. © Trigon Art Ingenieurbüro/ Pawel Wolf

Plusieurs statues brisées lors du sac de Napata, dont celles des rois ancêtres récupérées à l’époque, avaient ensuite été pieusement ensevelies dans une fosse par les habitants de la cité meurtrie. Ces fragments ont été retrouvés sur le site de Doukki Gel, au Soudan, par des archéologues suisses en 2003.

 

Vue aérienne du site de Doukki Gel, au Soudan où furent découvertes dans une fosse, les statues détruites de Napata, en 2003. © Bernadette Arnaud/Sciences et Avenir

"Comme il ne nous a pas été possible de faire venir ces œuvres du Soudan, elles ont été reconstituées à partir de leur numérisation 3D", indique Vincent Rondot, évoquant avec ces réalisations de la société allemande Trigon Art, l’un des clous de l’exposition.

 

Copie des sculptures de cinq pharaons. © Trigon Art Ingenieurbüro/ Pawel Wolf

Après l’expédition punitive de Psammétique II, les Égyptiens et les Kouchites resteront dans leurs frontières. Toutefois le souvenir de cette épopée a traversé le temps. Elle constitue en effet 2700 ans après, par les destins tragiques du roi Amanislo, roi de Kouch, et sa fille, le thème central de l’Opéra de Giuseppe Verdi Aïda dans lequel la jeune princesse est réduite en esclavage par Pharaon. Une œuvre  commandée au musicien par le vice-roi d’Egypte, Ismaël Pacha, en 1870. Ce même univers est aussi celui du prochain film d’animation de Michel Ocelot, le père de Kirikou, dont le long métrage Le Pharaon, le Sauvage et la Princesse, sera diffusé au cinéma en octobre 2022.   

Cette exposition érudite autant qu’exigeante, oblige à sortir de la zone de confort de l’histoire de l’Egypte antique. De nombreuses cartes et explications -y compris des aquarelles de l’archéologue et architecte Jean-Claude Golvin- permettent de suivre au mieux l’épopée pharaonique africaine des rois de Napata qui réunifièrent un temps, le royaume des Deux Terres, soit l’Egypte et le pays de Kouch. Commémorant également l’anniversaire du bicentenaire du déchiffrement des hiéroglyphes par Champollion, cette exposition fait le lien avec les fouilles archéologiques menées actuellement par Vincent Rondot au Soudan, et succède à "Méroé, un empire sur le Nil" présentée au Louvre en 2010.

 

"Pharaons des Deux Terres", du 28 avril au 25 juillet 2022, Hall Napoléon, Musée du Louvre

Réservation obligatoire en ligne : louvre.fr

https://www.sciencesetavenir.fr/

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