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Bảo tàng lịch sử Quốc gia

Musée National d'Histoire du Vietnam

24/09/2021 08:53 233
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Près du village de Quesang sur le plateau tibétain, des scientifiques ont mis au jour des empreintes de mains et de pieds réalisées il y a entre 169.000 et 226.000 ans par des enfants. Ils suggèrent que ces traces pourraient constituer le plus ancien exemple d'art pariétal.

Cinq empreintes de mains et cinq empreintes de pieds créées il y a des centaines de milliers d'années. C'est ce qu'une équipe internationale de chercheurs a découvert près du village de Quesang, à environ 80 kilomètres au nord-ouest de Lhassa au Tibet. Les traces sont apparues figées dans de la roche calcaire près d'un affluent de la rivière Xiong Qu.

Selon leur étude publiée dans la revue Science Bulletin, les empreintes auraient été créées par des enfants il y a entre 169.000 et 226.000 ans. Une datation d'importance. Les scientifiques jugent qu'elles pourraient constituer le plus ancien exemple d'art pariétal, repoussant de plus de 100.000 ans les découvertes réalisées jusqu'ici.

Laissées par des enfants de 7 et 12 ans

L'art pariétal désigne des peintures, dessins ou gravures réalisées sur des parois rocheuses, notamment au sein de grottes. Et c'est précisément ce dont il s'agirait ici, affirment les chercheurs dans leur rapport. L'analyse des empreintes a suggéré qu'elles ressemblaient à d'autres traces identifiées sur d'autres sites mais surtout qu'elles n'ont pas été laissées là involontairement.

Bien au contraire, elles auraient même été soigneusement apposées par deux enfants, un probablement âgé de sept ans pour les pieds et un autre d'environ douze ans pour les mains, au vu de leurs dimensions. "Les empreintes n'ont pas été laissées par une marche normale", a confirmé le professeur Matthew Bennett de la Bournemouth University et co-auteur de l'étude.

"Vous pouvez imaginez ces enfants jouer dans la boue d'une source chaude, placer leurs mains et leurs pieds soigneusement [...] comme un enfant le ferait aujourd'hui dans du ciment, a-t-il assuré dans un communiqué. Cette boue semblable à de l'argile aurait ensuite durci jusqu'à devenir de la roche et figé dans le temps les traces de ces enfants.

Une trace des premiers Tibétains

Les jeunes artistes étaient-ils en train de jouer pendant que les autres membres du groupe profitaient de la source chaude ? Difficile de le déterminer. De même, on ignore l'espèce à laquelle appartenaient les individus. Il pourrait s'agir d'Homo sapiens ou d'un autre homininé appelé Dénisovien dont des traces ont récemment été retrouvées sur le plateau tibétain.

 

Illustration d'artiste des enfants apposant leurs pieds et leurs mains dans la boue.  © Gabriel Ugueto

Quoi qu'il en soit, ces empreintes vieilles d'au moins 169.000 ans fourniraient la plus ancienne preuve de présence humaine dans la région. Elle précéderait notamment la mandibule de Dénisovien datée de 160.000 ans découverte dans la grotte de Baishiya située dans la province du Gansu et décrite dans une étude publiée en 2019.

S'il s'agit bien de cet homininé, l'identification de ces traces pourrait indiquer que les Dénisoviens ont constitué les premiers Homo dans une région aux conditions difficiles. Près de Quesang, l'altitude dépasse en effet les 4.200 mètres et les températures devaient y être froides durant le Pléistocène moyen, période à laquelle remontent les empreintes.


De l'art pariétal, vraiment ?

Bien que la découverte semble revêtir une double importance, des doutes demeurent quant à la nature réelle de ces marques enfantines. Tous les spécialistes ne sont en effet pas d'accord pour les qualifier d'art pariétal. Le plus ancien exemple connu à ce jour se trouve dans une grotte de Sulawesi (ou Célèbes) en Indonésie.

Décrit dans une étude début 2021 et daté de 45.500 ans, il présente une peinture de sanglier ainsi que des contours de mains. Un autre exemple daté de 40.000 ans figure dans la grotte d'El Castillo en Espagne dont les parois arborent plusieurs dizaines d'impressions de mains ainsi que des figures animales et d'autres tracés.

Or, pour certains spécialistes, les traces tibétaines sont très différentes. "Laisser une empreinte dans la boue ou faire une impression en pochoir avec des pigments est un procédé très différent, non seulement d'un point de vue technique, mais aussi d'un point de vue conceptuel", a estimé Emmanuelle Honoré, spécialiste de l'Université Libre de Bruxelles interrogée par Live Science.

 

Modèle en 3D des empreintes découvertes sur le plateau tibétain. © Zhang et al., Science Bulletin 2021

Dans un article publié sur le site The Conversation, le Pr. Bennett et sa collègue Sally C. Reynolds, autre co-auteure de l'étude, mettent en avant la nature en apparence délibérée des traces et leur composition nette. Mais tout dépend évidemment de la définition que l'on donne de l'art.

"J'ai une fille de trois ans et quand elle fait un gribouillage, je le mets sur le réfrigérateur... et dit que c'est de l'art", a illustré le Pr. Bennett pour Live Science. "Je suis sûr qu'un critique d'art ne définirait pas nécessairement les gribouillages de ma fille comme de l'art, mais dans le langage courant, nous le ferions. Et il n'y a aucune différence".

Selon le scientifique, les empreintes s'apparenteraient dans le cas présent aux tracés digitaux, des traces de doigts laissées sur les parois de certaines grottes. Une technique que certains décrivent comme une forme d'art pariétal mais là encore le sujet divise, d'autres considérant cela comme une forme d'expérience ou de jeu.

Art ou non, ces traces constituent bien une nouvelle pièce du puzzle pour mieux comprendre l'histoire humaine. "Quoi que ces modestes traces représentent, elles évoquent clairement des images d'enfants, profitant d'un moment de jeu créatif à haute altitude", concluent le Pr. Bennett et Sally Reynolds.


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