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Bảo tàng lịch sử Quốc gia

Musée National d'Histoire du Vietnam

20/04/2015 14:01 1033
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Les motifs que l’on rencontre sur les pièces retrouvées au large de Cù Lao Chàm sont d’une grande variété. Deux grands types prédominent: les décors caractérisés par des dessins nets et fouillés, peints en bleu turquoise- cette teinte désignée sous le nom de: “Parker blue” par les collectionneurs-, et les décors offrant des tons plus clairs d’un bleu tirant sur le gris. Tout l’art du peintre décorateur réside dans son habileté à s’adapter aux formes, à l’aide d’une technique élaborée et d’une grande délicatesse utilisant le bleu de cobalt sous couverte et, dans un second temps, après une première cuisson, les émaux peints sur couverte. Véritables calligraphes, ces peintres font preuve d’une remarquable aptitude à figurer des lointains, à esquisser en traits virtuoses et rapides les sujets les plus divers, à évoquer avec poésie un paysage parcouru par une petite rivière en quelques coups de pinceau. Leur sens aigu de l’observation les conduit à aborder les thèmes du quotidien- combats de coqs, mère berçant son enfant, etc -, sans pour autant négliger les sujets animaliers, accordant une large place aux oiseaux les plus divers, aux insectes, aux papillons comme aux poissons ou aux crevettes.

Ces sujets sont autant de voies d’exploration d’une veine populaire tout à fait novatrice dans les arts du Vietnam à l’époque dans les arts du Vietnam à l’époque qui nous occuppe ici qui se détache nettement des créations plus formelles liées au contexte de l’art royal officiel.

Ces thèmes décoratifs familiers se classent en quelques grands genres:

- Représentation de personnages dans les attitudes et les contextes les plus variés.

- Représentation d’animaux bénéfiques, parmi lesquels des dragons, des licornes, des phénix, des tortues ou toutes sortes d’animaux fantastiques ou réels. Dans ce registre, l’un des motifs privilégiés est celui du cheval volant dans les airs. Il apparaît sur des bouteilles en forme de luth, des kendi, des plats et dérive peut-être de l’iconographie de Thánh Gióng, ce héros légendaire de l’histoire du Vietnam qui, monté sur un cheval de fer, est censé avoir chassé des envahisseurs à l’époque des rois Hùng au troisième millénaire avant notre ère; notons que ce thème est connu également dans les mondes chinois et indien;

- Représentation, d’insectes figurés en vol comme les papillons, les abeilles, les libellules;

- Représentations de créatures aquatiques, tels les poisons, les crustacés, les grenouilles.

- Représentations de paysages, où de simples maisons et des résidences princières offrent de rares témoignages sur l’architecture contemporaine; il s’agit parfois de véritables scènes de genre, non dénuées d’humour, comme cette femme à sa toilette, à peine masquée par un arbre, qu’un homme cherche à soustraire au regard d’éventuels curieux (fig.4), ou encore ce jeune couple s’abandonnant aux plaisirs de l’amour. Un espace d’une douzaine de centimètres de diamètre suffit aux artistes pour esquisser un monde miniature avec beaucoup de poésie.

Fig.4: Ensemble de grès porcelaineux à décor de bleu de cobalt sous couverte, fin 15e- début 16e siècle. Fouilles archéologiques de Cù Lao Chàm, Hanoi, Musée National d’Histoire du Vietnam.

- Représentations végétales dans lesquelles le lotus et le chrysanthème occupent une place certes prépondérante mais non exclusive.

Ces thèmes variés et populaires distinguent clairement la céramique vietnamienne des pièces contemporaines chinoises.

Les céramiques à décor bleu et blanc peuvent être enrichies d’émaux colorés apposés sur la couverte après une première cuisson. Dans cette catégorie, les plats présentent des tailles différentes, allant de 25 à 50 cm de diamètre. Des branches végétales ornent leur bordure, mais on trouve aussi des animaux, réels ou imaginaires, des paysages, etc (fig.5). Certains bleu et blanc, notamment des vases ou des verseuses “en forme de luth”, ont pu recevoir des rehauts d’or qui apparaissent sur des parties dépourvues de couverte. Une pièce des plus intéressantes donne à voir une femme, apparemment de haute condition, au visage délicat, vêtue de vêtements somptueux. Ces décors polychromes rehaussés d’or ont le plus souvent disparu et n’ont laissé que des traces plus ou moins visibles sur les pièces.

Fig.5: Ensemble de grès porcelaineux à décor de bleu de cobalt sous couverte et rehauts d’émaux colorés, fin 15e-début 16e siècle. Paris, Musée National des arts asiatiques- Guimet.

Au Vietnam, les 15e et 16e siècles correspondent à une période de paix et de prospérité économique qui voir l’essor de l’agriculture, du commerce et de l’artisanat. De nombreux documents attestent du rôle clé que la production céramique joue dans un contexte aussi favorable (Bùi et Nguyễn Long 2001). Au sein de la riche collection de céramique du Topkapi Saray d’Istanbul (Turquie) sont conservées des pièces témoignant de cet essor, comme cette grande bouteille à haut col datée 1450, dont l’inscription, placée sur l’épaule, précise le nom de l’artiste du clan Bùi. De la même manière, les bleu et blanc du 15e siècle ont été largement exportés vers l’Asie du Sud-Est. Bien des chercheurs se sont étonnés de découvrir des céramiques de ce type parmi les éléments de décor des architectures de l’époque de Mojopahit dans l’île de Sumatra. Dans careaux de céramique architecturale se rencontrent encore dans les vestiges des mosquées de Trowulan (Mojokerto, Java Est) ou de Demak (Java Centre). La cargaison de la jonque de Cù Lao Chàm montre d’ailleurs bien que des céramiques maritimes faites au large de Rang Kwian, en Thaïlande, ou de Pandanan, au large des Philippines (Phạm et Nguyễn 2008).

Il est probable que l’essor de la production céramique des 15e et 16e siècles à Thăng Long et à Bát Tràng ait contribué aux développements des céramiques destinées à l’exportation.

Fig.6. Plat et verseuse, grès porcelaineux à décor de bleu de cobalts sous couverte, fin 15e- début 16e siècle. Paris, musée national des arts asiatiques- Guimet.

Celles- ci ont surtout été produites dans les fours de Chu Đậu et de Hợp Lễ (province de Hải Dương), sans que l’on puisse toujours définir leur origine exacte. La plupart révèlent un niveau technique sans précédent (fig.6). La pâte, presque aussi pure et résistante que de la porcelaine, comporte une forte proportion de kaolin; on parle alors de grès porcelaineux. La couverte, lisse et brillante, est d’une belle onctuosité et confère aux objets un aspect parfait. Certains archéologues considèrent que des céramiques retrouvées dans les vestiges de la citadelle de Thăng Long sont du même type que celles de Cù Lao Chàm; ce sont ces bols recouverts d’une mince couverte blanche et ornés de nuages et de dragons représentés en relief. Au cours des fouilles de la citadelle de Thăng Long en 2003, on a en effet découvert, comme à Cù Lao Chàm et à Lam Kinh (province de Thanh Hóa), non seulement des bols, des coupes et des plats de ce type, mais encore des vases, des bouteilles et des pots à chaux qui attestent tous d’une qualité technique particulièrement élevée confinant même à une véritable virtuosité. Outre ces pièces figuraient également des bleu et blanc et des céramiques polychromes agrémentées de dragons à cinq griffes évoluant dans les nuées avec des phénix, que l’on a souvent considérés comme des pièces de commande pour la cour impériale du Vietnam. Les fours de Chu Đậu, de Hợp Lễ et de Thăng Long sont aussi à l’origine d’objets de culte, davantage destiné au marché intérieur, parmi lesquels des chandeliers ou des brûle- parfums. Ces pièces ne sont pas seulement le reflet de l’habileté des décorateurs de cette époque; elles offrent fréquemment la particularité d’avoir reçu de longues inscriptions sino-vietnamiennes (Hán văn- chữ nôm) apportant maints renseignements sur les commanditaires, leur lieu de résidence, la destination de l’objet, sa donation à tel temple bouddhique ou tel sanctuaire aux esprits, ainsi que sa date de fabrication. Nous avons consacré une étude complète à ces inscriptions. Il y a maintenant quelques années (Nguyễn 1999).

Au-delà des questions artistiques, l’étude des céramique et sociale du Vietnam des 15e et 16e siècles. C’est en tout cas un des aspects les plus éclatants et les plus chatoyants des manifestations artistiques du Vietnam de cette époque.

Nguyen Dinh Chien (ancien vice-directeur du Musée National d’Histoire du Vietnam)

Nguyen Thuy (présentation)

Musée National d'Histoire du Vietnam

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Depuis les années 1970, nos connaissances dans le domaine de la céramique vietnamienne ont beaucoup évolué à la faveur des fouilles conduites autour des jonques coulées dans les mers baignant les côtes de l’Asie du Sud-Est. D’innombrables céramiques vietnamiennes y ont été dégagées, toujours associés à des pièces chinoises et thaïes. Dans le même temps, de nombreux musées d’Asie du Sud-Est et d’Asie orientale ont enrichi leurs collections par l’acquisition de céramiques vietnamiennes d’exportation de grande qualité, dont la présence, dans ces régions, témoigne de l’importance des échanges commerciaux entre le Vietnam et ces pays aux 15èe et 16e siècles(fig. 1).